"Quoi de plus sexy qu'un pet ? Si la formule Farthienne est restée dans les annales, il nous paraît primordial de nous pencher aujourd'hui sur la cosmogénèse de cette maxime à l'heure où le sexy s'invite enfin dans nos débats.
C'est
dans sa correspondance dite « des 2 R(e)lands » qu'on
trouve trace de cet axiome majeur de la pensée farthienne. Recevant
ces vers d'un autre illustre Roland (« Caca boudin, c'est le
refrain des petits enfants et des gourmands. »), Farthes
répond : « Quoi de plus sexy qu'un pet ? Quoi de
plus sexy qu'un enfant ? Quoi de plus sexy qu'un pet
d'enfant ? »
L'enfance.
Le maître-mot est lâché. Roland connaît une enfance heureuse où
sa flatulence incontrôlée suscite autour de lui de franches scènes
d'hilarité partagée. Songeons un moment à la félicité première
du prout enfantin, à la joie éphémère du prout dans l'eau du
bain, ça fait des bulles, on rigole bien et quiconque pourra
partager et comprendre à son tour les plaisirs du petit Roland.
Mais
l'innocence des âges premiers ne dure qu'un temps. En ces temps
reculés où Farthes vit ce que l'on n'appelle pas encore
adolescence, à l'âge des premiers émois, âge des premiers ébats,
notre jeune ami connaît ses premiers tracas. Honte du pet sifflant,
honte/tonitruant, honte/sournois, honte/foireux, honte/silencieux.
« Ton
corps change, ce n'est pas sale » auraient dit Doc et Difool si
Roland avait eu l'heur de les connaître. Mais pour Roland, c'est
plutôt ton corps pète, ton corps flatule, ton corps vente. Moments
infâmes frappés du sceau de l'infamie.
Un
long chemin semé d'embûches.
A
l'instar d'un Peter Parker découvrant ses super-pouvoirs, Roland
déniche l'infamie de sa destinée jusque dans son patronyme durant
le cours d'anglais de Mme Michaux. Nous n'aurons pas l'outrecuidance
de rappeler la traduction littérale dudit patronyme à nos illustres
collègues, disons simplement et pour les plus mal embouchés d'entre
vous que notre cher sémiologue eût tout aussi bien pu s'appeler
Roland Prout.
Passés
de durs moments de solitude, Roland décide de prendre le taureau par
les cornes et de mettre son fardeau au service de ses ambitions
littéraires. En dépit d'une fièvre créatrice évidente, les
débuts sont difficiles. Tout n'est pas parfait dans ces premiers
jets.
Roland
s'escrime ainsi à produire un pastiche de La Recherche,
brillamment intitulé « A la recherche du vent perdu »
et signé sous le pseudonyme subliminal de Marcel Prout. Notre ami,
d'ordinaire si fin, se vautre ici dans des jeux de mots pour le moins
poussifs. L'incipit donne d'ailleurs le ton : « Longtemps,
je me suis conchié de bonne heure », écrit ainsi notre ami.
Et tout est à l'avenant : le baron Charlus devient baron
Charnus.
Seul
l'épisode de la madeleine et du pet surnage dans cet océan
d'avaries littéraires. Extrait : « Mais à l'instant
même où le fumet du pet toucha mes naseaux, je tressaillis,
attentif à ce qui se passait d'extraordinaire en moi. Un plaisir
délicieux m'avait envahi, isolé, sans la notion de sa cause. II
m'avait aussitôt rendu les vicissitudes de la vie indifférentes,
ses désastres inoffensifs, sa brièveté illusoire, de la même
façon qu'opère l'amour, en me remplissant d'une essence précieuse
: ou plutôt cette essence n'était pas en moi, elle était moi.
J'avais cessé de me sentir médiocre, contingent, mortel. D'où
avait pu me venir cette puissante joie ? Je sentais qu'elle était
liée au goût du pet et du gâteau... »
Dans
un accès de sagesse, Farthes renonce pourtant à cette mésaventure
pastichée. Mais il était écrit que notre héros endurerait mille
tourments avant de trouver sa voie. Allant de Charybde en Scylla,
Farthes fonce à corps perdu dans un projet musical. 80 ans avant le
groupe Ottawan, il parodie sans le savoir le tube D.I.S.C.O avec un
titre sibyllin là encore : P.R.O.U.T.
Laaaaa,
Laaaaa
P.R.O.U.T.
P.R.O.U.T.
P.R.O.U.T.
P.R.O.U.T.
Tu
dis P... et ça fouette
Tu
dis R... oui, de l'air
Tu
dis O... Oh, oh, oh
Tu
dis U... oui, ça pue
Tu
dis T... c'est l'été, T, T, T
Ce
n'est donc que ¾ de siècle plus tard que RF se rend compte qu'il a
écrit un succès définitif. Jamais plus Roland ne se laissera
prendre à un tel accès d'innocence mais l'épisode de la prout
music auquel un petit label normand rendra d'ailleurs hommage avec un
slogan fort inspiré (« quitte à écouter de la merde, autant
la chier soi-même ») est clos.
Toujours
en quête d'expression, Roland réunit des Pr(A)outs, contraction de
Prout et de Raout, et définit ce PR(A)OUT comme la Poésie
Répétitive (Acoustique) Onomatopesque Unilatérale et Tautologique.
Place à la performance. Extrait :
Pro
– U – T
Ma
peau en rut
Un
rot en ut
Pra
– Ooo
PPPPRRRRRRR''''''''''''''''''
- OUT !
Modernité
rime hélas trop souvent avec solitude et Roland sait plus que tout
autre ce que l'avant-garde peut avoir de désertique.
C'est
pour ces raisons que RF est habité par le doute et il s'en faut d'un
rien pour qu'il ne laisse tomber. Comme il l'écrit dans ses
Mémoires, p. 453 : « Je suis habité par le
doute (…) Il s'en faut d'un rien pour que je ne laisse tomber ».
On
voit donc bien, au travers de cette citation combien un homme, même
de l'étoffe d'un RF, peut d'une certaine manière être
véritablement miné par le doute et qu'il suffirait presque même
d'un rien pour tout laisser tomber. Ce qui serait vraiment dommage.
Heureusement,
Roland est sauvé par la lecture. Comme quoi c'est important de lire.
Ça peut changer ta vie. Un jour qu'il est au cabinet, il lit le
livre de messe de Tata Henriette et dans la reliure, il trouve un
petit texte intitulé « Roland le Fartere ».
Savoir ce qu'il vient faire là, il ne le saura jamais. Et nous non
plus. Mémoires Ibid p. 454 : « Je ne sus jamais
comment ce texte arriva là. » Comme quoi on est peu de
chose.
Roland
the farter aussi connu comme Roland le fartere ou roland le pétour
(ce qui prouve bien que déjà au Moyen âge, y en avait qu'était
mal embouché) fut « a flatulist » du 12e
siècle . On aimerait écrire du haut ou du bas moyen âge, ce qui
serait tout de suite plus classe, sauf que ça marche pas avec le 12e
siècle. Un flatuliste du milieu du moyen âge, ce qui est tout de
suite moins glam mais on ne choisit pas.
Cet
illustre Roland reçoit honneur et gratifications (un manoir et des
terres dans le Suffolk) en récompense de ces facéties annuelles
effectuées devant la cour d'Henri II réunie pour la Noël. Journée
durant laquelle il effectue selon le Liber Feodorum « unum
saltum et siffletum et unum bumbulum ». Un saut, un sifflet et
un pet. Sainte trinité qui lui vaut tous ces honneurs.
Pour
Roland, forcément, ça fait tilt après ces échecs à répétition
aussi foireux qu'un come-back de Michèle Torr. « En fait, tu
peux toujours y aller pour écrire sur les pets, ce qui faut c'est en
faire. Comme quand t'étais môme », se dit Roland.
La
boucle est bouclée. Reste à créer son personnage. On ne vient plus
péter à la cour du Roi même d'Angleterre en ce début du XXe
siècle. Le cinéma a pris le relais.
On
parlait tout à l'heure de Peter Parker, Spiderman donc. C'est
l'époque des super-héros. Le 1er super-héros est
français. Oui, monsieur comme le camembert. Le 1er
super-héros c'est le Nyctalope. Il voit dans le noir et tout et
tout. Roland essaye donc « le pétalope » ou le
« NyctoProut » mais le succès demeure ténu. « Va
donc, hé Pétomane » lui lance un jour un soiffard. Le nom va
rester.
Reste
à trouver un lieu susceptible d'accueillir sa prestation. Après
moult tentatives, Roland atterrit au Moulin-Rouge. C'est là qu'il
vivra les plus belles années de sa double vie. Chaque soir, RF alias
« Le Pétomane » entame son récital par une cavalcade de
prouts tous plus stupéfiants les uns que les autres. Interminables,
trépidants, aigus, graves, écrasés, détonants, fringants,
craintifs, colériques, conquérants, coulants, caquetants, il en a
pour tous les goûts.
Chaque
salve déclenche un mistral de rires. À s'en péter les boyaux. Son
anus a également l'oreille musicienne, il joue La Marseillaise et
même "'O Sole Mio" en soufflant dans un ocarina par
l'intermédiaire d'un tuyau relié à son fondement. Lequel tuyau
sert aussi à souffler une chandelle située à plusieurs mètres de
distance ou encore à fumer. Le prince de Galles, le roi des Belges,
Léopold, et même Sigmund Freud font partie de ses plus fervents
admirateurs.
Sa
renommée est telle que RF a les honneurs du cinéma puisqu'Edison
lui même vient immortaliser sur pellicule les performances de notre
ami. Hélas, nous sommes réduits aux suppositions quant à l'impact
acoustique et olfactif des performances farthiennes puisque ce très
court métrage fut réalisé avant l'avènement du cinéma parlant
(http://www.frequency.com/video/dailymotion-thomas-edison-1900-le/23054362).
Nous touchons là du doigt toute l'ironie de cette parenthèse
occulte de la vie de Farthes.
Quoi
de plus sexy qu'un pet ? Écrivions nous en guise de mise en
bouche. Quoi de plus sexy qu'un pet d'enfant ? Il semble bien au
vu du succès public rencontré par Roland que ses pets réveillèrent
chez ses contemporains l'âme enfantine enfouie aux tréfonds de leur
chair.
Pour
Roland, cette expérience fait naître en lui un questionnement
intense entre signifiant (l'image acoustique du Prout) et signifié
(représentation mentale du Prout). De sorte que le prout n'est plus
seulement issu du fondement, il devient le fondement, l'acte de
naissance de la sémiologie farthienne. Une bien belle leçon pour
les générations futures."
Onésime Graton
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