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Le colloque et l'acolyte

Bonsoir, bonsoir, bonsoir, bonsoir, bonsoir...
Merci à tous, bonsoir, merci d'être là, bonsoir, à Cherbourg-en-Cotentin pour notre 8ème colloque, bonsoir, 8ème colloque donc consacré à, bonsoir, à la Géométrie, et que nous avons intitulé sobrement, la Géométrie dans tous ses états.
Et sans plus attendre, je passe la parole à notre premier conférencier, Franck Bouguennec, bonsoir.

Alors, bonsoir à tous, bonsoir Françoise, merci à vous pour cette introduction élogieuse. Je dois vous avouer qu'en tant que Président de l'Union Pythagoricienne de Cherbourg, c'est à la fois pour moi un grand honneur mais aussi une lourde responsabilité que d'ouvrir ce 8ème Colloque Bas-Normand de Géométrie.

J’ai choisi de commencer, une fois n’est pas coutume, par vous parler d'un événement qui m'a touché personnellement : il s'agit de la lecture d'un article récent de La Presse de la Manche, en date du 15 juin 2017, un article consacré à mon collègue et ami, le président de l'amicale Euclidienne d'Octeville. Cet article s'intitule : Splendeur et Génie du Cercle . Mon confrère y présente sa conviction : le cercle est la forme géométrique moderne par excellence, et il invite à une refondation complète de la Géométrie par et autour du cercle. ( je cite et je vous invite à lire l'article que je vous ai photocopié )
Imaginez ma stupeur et mes tremblements devant cette lecture. Etienne, je m'adresse à toi directement, en tant que confrère, en tant qu'ami, comment peux-tu tenir un tel discours ? Après tant d’années, après tant de luttes communes et acharnées ...

Il serait donc mort le temps où nous rêvions, toi, moi et la petite bande que nous formions à l'époque, de bousculer les dogmes, de faire basculer les piedestaux de leurs socles. Je me souviens avec émotion, Etienne, et je m’en souviendrai toute ma vie, de ton premier discours en tant que Président de l'Amicale Euclidienne. Tu nous avais ouvert les yeux, tu nous avais dessillé les paupières, nous étions subjugué par ta fougue et ton esprit irrévérencieux. Bref, tu nous avais offert des possibles que nous pensions impossibles.

Et voilà que, quelques années plus tard, toi-aussi, tu t'extasies, en place publique, comme tout le monde, devant le cercle. Le cercle, dont tu aimais à rappeler à tous ceux qui t’en parlaient que même avec une queue de pie et un haut de forme, il ne serait jamais rien d'autre qu'un rond, un simple rond comme le disent si bien les enfants qui ont tout compris à sa véritable nature.
A la rigueur, je veux bien t'accorder la spirale, avec son lent mouvement méditatif, 1 - je m'introspectise, 2 - je m'exteriorise, 1 - j'inspire, je m'enroule, 2 - j'expire, je me déroule. Pourquoi pas, éventuellement... le mysticisme m'échappe un peu, trop d'obscurité à mes yeux et puis je repense toujours à ce dicton bouddhiste : mais qu'est-ce qui pique le mystique ?

Mais pas le rond Etienne !

Alors, effectivement, il est beau le cercle, ça, il a de l'allure avec son petit côté parfait, propret, dépourvu d’angle.
Mais quel hypocrite !
Il ne faut pas confondre l'arrondi et la courbe, qui suggèrent la douceur, le réconfort, avec le cercle, cet infâme tyran, auquel nul ne peut échapper. Car le cercle impose une double soumission, chacun de ses membres se fond dans la masse, chacun des points qui le composent disparaît au profit de la ligne courbe qui le dessine. Fi de l'individu, on rase les têtes, on courbe l'échine.
Et tout ça pour quoi, deuxième infamie : que tout le monde se soumette au véritable despote, le centre. Car on ne plaisante pas avec le centre, on est tous à égale distance de lui, et on n'a d'existence que par rapport à lui.

Alors quoi, me diras-tu, quelles alternatives avons-nous ?

Nous n'irons pas voir du côté du carré, qui ne nous offre aucune perspective. A ce propos, et juste pour le plaisir de la méchanceté, j'ai cru ouïr de l'attachement du président de la Société Géométrique de St Lô pour le carré. Sans doute de la nostalgie de troufion.. Je rappelle aussi qu'en anglais carré se dit square, ce qui signifie coincé, ringard !

Alors Etienne, si tu veux bien laisser encore une petite place au doute, laisse-moi tenter de te convaincre, que je puisse maintenant faire pour toi ce que tu as jadis fait pour moi. Car on n’abandonne pas un frère le nez dans la boue face aux balles ennemies, on ne lâche pas un camarade qui se prend les pieds dans ses lacets et dans le tapis, et il ne sera pas dit que moi, Franck Bouguennec, je t’aurais laissé tombé comme une vieille chaussette qui pue !

Allons merde Etienne, ressaisis-toi !
Non, la seule alternative, et tu la connais, c'est le triangle !
Et pourquoi , me demanderez-vous ?
Eh bien, tout d’abord, le triangle, c’est la foufoune, la chatte ! Comme ça, ça demande un peu d’imagination, mais placée ici, tout de suite, je vois que vous me comprenez mieux. Rose évidemment.

Un simple rotation et nous obtenons la bibite, une bistouquette, bleue évidemment.

Ensuite le triangle, c’est Dieu évidemment.

En consultant les croquis préparatoires à la création du monde, disponibles à la BNF et sur Gallica, on peut constater que Dieu lui-même avait d’abord envisagé de créer un univers avec des planètes pyramidales ( à face triangulaires bien entendu ).
Pour l’anecdote, de récentes fouilles archéologiques ont permis de retrouver les maquettes initiales du projet, et les scientifiques ont été très étonnés de constater que les pyramides étaient toutes en carton.
Mais après plusieurs essais infructueux, Il dut y renoncer, et ce fut un crève-coeur comme Il l’explique dans ses Mémoires, pour des raisons classiques de coupes budgétaires mais aussi devant l’incapacité des entreprises de BTP d’alors de réaliser des pyramides parfaites. Toujours dans Ses Mémoires, Dieu note avec un brin d’ironie que faire des boules de terre sera davantage à leur portée.
Obligé donc de revoir sa copie de fond en comble pour s’adapter aux tâcherons de l’époque, l’immense Poète a du modifier jusqu’à la trajectoire des objets célestes, qui de triangulaire sur les premiers plans, deviendra circulaire dans les documents transmis au Maître d’Oeuvre du chantier. Pour finir elliptique quelques millions d’années plus tard note encore Dieu avec une certaine amertume, résultat d'une usure prématurée des matériaux qui n'est d’après Lui qu'une preuve supplémentaire du peu de soin accordé par les artisans à leurs chantiers.

Si Dieu souhaitait que l’univers soit triangulaire, ce n’est pas un hasard et ce ne sont pas les fans de saucisses apéritives knacki qui affirmeront le contraire et je sais qu’il y en a quelques-uns dans cette salle. D’abord boudins, ces saucisses sont ensuite devenues sphériques avec la fameuse knacki ball. Fameuses certes, mais les véritables amateurs du goût knacki ne jurent que par la knaki pyramidale et donc triangulaire. L’entreprise Knacki a d’ailleurs bien compris qu’elle tenait là un véritable objet du désir et la fabrication et la vente des Knacki triangulaires se fait toujours avec des stocks très limités et dans des magasins tirés au sort à travers le monde entier. De véritables communautés de fans se sont créées sur les réseaux sociaux afin de découvrir ces futurs lieux de vente, mais aussi, et plus simplement d’échanger entre afficionados, des conseils, des idées recettes, des accords de la knacki triangulaire avec le meilleur vin.
S’il fallait encore défendre la supériorité du triangle dans le domaine de la gastronomie, je pourrais certes citer le samoussa, qui est au triangle ce que le ravioli est au carré, ou le poisson pané au rectangle. Mais ce serait céder à la facilité. Non, je préfère vous parler des mini pizzas apéritives. Je n’ai encore jamais rencontré quelqu’un qui apprécie les mini pizzas rondes alors que les triangulaires déclenchent littéralement des mouvements de foule autour de la table basse. Je vous en ai apporté pour que tout le monde puisse se faire une idée mais je ne doute pas de votre jugement final.

Et il n’y a pas que la gastronomie qui est touchée par la supériorité du triangle. Comme l’affirmait fréquemment l’illustre pythagoricien Hippase de Métaponte, le cercle est un triangle sans imagination.

Et de l’imagination, le triangle en a à revendre : pensez donc au triangle amoureux ! Appelons-le classiquement ABC.
A désire B qui n’a dieu que pour C qui ne rêve que de A. ( on pleure ou l’on rit devant le tragique de l’existence )
Ou bien A est marié à B, qui couche avec C qui se planque dans le placard. ( on rit, surtout lorsque C doit fuir en sous-vêtements par la fenêtre et se vautre dans le jardin )
Ou encore A et B couchent avec C. B qui déteste A finit par apprendre cette double liaison et décide de tuer B et C. Et se retrouve traqué par C’ qui mène l’enquête et décide de venger la disparition de C. ( là, on frissonne, on a peur )

On voit bien là que le triangle n’est pas farouche. Il s’acoquine avec tous les styles et s’inter-pénêtre allègrement. Ainsi dans le second cas de figure, C qui se planque dans le placard est probablement lui-même marié avec D qui couche vraisemblablement avec E ou F.

Ainsi en va-t-il de sa nature : le triangle est libertin et il se compose ou se recompose au gré de ses plaisirs.
Et quand le législateur veut jouer les Pères-la-morale, que fait-il ?
Hé bien il instaure le carré blanc sur les écrans de télévision. Tout est dit.

Alors certes, j’entends d’ici les puristes pousser des hauts-cris, me reprocher d’avoir forcé le trait, d’avoir commis des exagérations ou des caricatures à propos de la déesse Géométrie qu’ils chérissent tant.
A ceci je répondrai deux choses : 1- ce n’est pas faux 2- quand il s’agit de ramener un ami à la raison et/ou à la maison, tous les coups sont permis.

Alors si vous le permettez, je voudrais, pour conclure, revenir sur le terrain de la Géométrie pure.

Prenons un rectangle et incisons-le aussi délicatement que chirurgicalement le long de sa diagonale. Qu’obtenons-nous : un triangle évidemment. Nous pouvons procéder de même avec un carré, nos obtiendrons le même résultat.
Mieux encore, prenons un rond, un cercle si vous voulez : qu’y-a-t-il à l’intérieur ?
Un triangle évidemment.
Et les nombreuses mesures expérimentales que j’ai menées depuis trente ans démontrent que cela fonctionne quelle que soit le diamètre du rond ou même sa couleur.

Alors Etienne, j'ai fais ce que j'ai pu et comme tu le dis si justement dans ton interview : si tu reçois un coup de pied de l'âne, ne lui rends pas ! Maintenant, je ne peux te dire qu'une seule chose : la balle est dans ton camp mec !



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