Accéder au contenu principal

La glougloute friponne



Conférence dédiée à Etienne L. , pour des raisons évidentes que lui-seul reconnaîtra.

C'est pas tout de faire des mômes, mais après faut leur lire des histoires. Et c'est là que ça devient coton, parce qu'entre la Petite Poule Rousse et l'âne Trotro, y'a de quoi devenir chèvre. Et pourtant, c'est tous les soirs qu'il faut la lire, la relire, ou la re-relire, l'histoire, la fameuse histoire qui emmène le petit au pays des rêves.
Et encore, aujourd'hui, il y a la Petite Poule Rousse et l'âne Trotro, mais avant, rien, nib, queue dalle. En tous cas, c'est ainsi que Roland Farthes présente la chose lorsqu’on lui demande pourquoi il s’est lancé dans la littérature pour enfants.

Alors voilà...


Des bisous, des bisous, des bisous...


Voilà à peu près le fil des pensées de Roland Farthes, alors qu'il se réveille doucement dans le petit lit douillet lové au coeur de sa petite chambre douillette, elle-même située au centre de sa douillette petite maison, située dans une charmante petite rue de la toute petite ville où il vit, notre ami Roland Farthes, et qui porte le nom charmant et douillet de Petiteville ( Petiteville pour nos amis touristes ).
Et ce qui les rendait si sympathiques, les Petitvillais, au nombre desquels il y avait notre ami Roland Farthes, en plus de leur gentillesse, en plus de leur générosité et de leur humour délicat, ce qui les rendait si uniques les Petitvillais et si fiers d'être des Petitvillais, se résumait en 3 mots qui d'ailleurs étaient affichés en gros sur le porche à l'entrée de Petiteville : Mort aux grands !

Inutile je suppose de vous préciser que les grands habitaient tous dans une grande ville moche et laide avec des grandes rues sombres et froides que parcourait un vent terrible et glacial qui s’engouffrait dans les maisons humides et se glissait jusque dans les lits durs et glacés à la recherche des doigts de pied des grands car les grands ignoraient tout à la fois les bouillottes, les couvertures et surtout les bisous.

Inutile aussi de vous dire que le seul nom de cette ville faisait terminer en vitesse leur soupe aux petits Petitvillais les plus récalcitrants : Grandeville !

Ainsi donc, Roland Farthes, Petitvillais de son état, et fier de l’être, s'éveillait douillettement dans son petit lit tranquille.
Mais, avançons, car en ce matin paisible quelque chose cloche. Roland est troublé : le petit lit est vide, il y manque le petit corps chaud et voluptueux de son amie la Glougloute Friponne

Roland s'inquiète et se gratte la tête.

Où son amie la Glougloute Friponne a-t-elle bien pu aller de si bon matin ? A son cours d'aérobic ? Non, ça c'est le mardi. A son entraînement de course en sac ? Non, ça c'est le jeudi soir. Alors à sa répétition de cornemuse ? Ah non ! Ça c'est le dimanche matin.

Merde !

Et remerde ! Car nous sommes samedi matin et d'habitude, le samedi matin, quand Roland Farthes et son amie la Glougloute Friponne se réveillent dans leur petit lit douillet, ils se font des petits bisous et des petits câlins avec des petits bruits et des petits soupirs et ils se passent leurs petites mains dans leurs petits cheveux ou sur leurs petites épaules, ils se grattent leurs petits dos comme des petits ours et ça leur donne tout plein de petits frissons et c'est tellement adorable et mignon que ce matin Roland Farthes a l'impression que le lit est tout vide alors que non puisqu'il est dedans.

Mais quel est donc ce froid que je sens en moi ? se demande Roland étonné.
C’est le manque mon chéri, son amie la Glougloute Friponne lui manque.

Roland décide donc d'aller demander à ses voisins si ils ont vu son amie la Glougloute Friponne.


- Bonjour Madame l'Horloge, auriez-vous vu mon amie la Glougloute Friponne ce matin demande Roland poliment.

Madame l'Horloge s'ébroue, remue ses aiguilles en chantonnant : 10h moins le quart moins 3h 12 chercher les enfants, prendre le bus 16h15 temps de cuisson 9 min 14 min

13h15 ? propose soudain Madame l'Horloge.

- Non, il n'est que 11h00 répond Roland. Je voulais savoir si vous aviez aperçu mon amie la Glougloute Friponne répète Roland.

- 11H00, temps du match 2h 15, coucher du soleil 19h10, remplissage de la baignoire 1h30, stationnement autorisé 15min. Ce qui nous fait un total de 7h05 conclue madame l'Horloge, sûre d'elle.

Un peu étourdi, Roland quitte Madame l’Horloge et décide d’aller poser sa question à quelqu'un de moins zinzin.


- Bonjour Compère Ours, est-ce que tu as vu mon amie la Glougloute Friponne ?

Compère Ours venait de se réveiller et il n'allait pas tarder à se rendormir. Ce n'était pas l'hiver mais Compère Ours adorait dormir, surtout dans les grands champs de pâquerettes. Et là justement, Compère Ours venait de dénicher un magnifique champs de pâquerettes. Il allait se rouler de tout son long sur les fleurs qui sentaient si bon et qui allaient lui gratter le dos et les fesses et il allait s'endormir comme un bienheureux. Quand la question de Roland lui parvint aux oreilles.

Avouez qu'il y a de quoi se fâcher. Mais Compère Ours ne se fâcha pas.

Non, Compère Ours se gratta lentement le bas du ventre en prenant l'air de celui qui réfléchit très fort, puis il lâcha un gros prout bien sonore et qui sentait très mauvais, en gardant l'air concentré de celui qui réfléchit beaucoup. Puis il affirma haut et fort que ce n'était pas lui qui avait pété, comme ceci :

- Ah mais non ! Certainement pas ! Non non non, je n'ai pas pété !

Roland comprit qu'il était peut-être temps de laisser Compère Ours à sa sieste et décida d'aller voir sa voisine Dame Fourmi.



- Bonjour Dame Fourmi ! dit Roland en entrant dans la toute petite roulotte de Dame Fourmi. Est-ce que vous avez vu mon amie la Glougloute Friponne ce matin ?

- Assied-toi mon chéri et donne moi ta main ! Hum….. Hum…. Je vois, je vois, une grande route, une longue route, et… bout de cette route il y a un carrefour avec un homme, un homme très beau, des cheveux blonds magnifiques et un grand sourire. Et de l’argent, dans ses mains je vois de l’argent, beaucoup d’argent,

- Mais …

- Je pense que tu vas devenir célèbre Roland, peut-être... présentateur à la télévision municipale de Petiteville et tu auras alors beaucoup de succès avec les femmes...

- Justement…

- Ou agent immobilier car je vois aussi des maisons… ta main est pleine de maisons Roland, de femmes et d’argent, tu vas être riche, je le sens.

Roland écouta encore quelques minutes Dame Fourmi, paya, remercia car il était poli puis il s’éclipsa un peu déçu.

 
En sortant il croise Petit Cactus qui pleure assis sur le bord du puits de Petiteville. De ses yeux sortent des larmes grosses comme des crocodiles.
- Qu’est-ce qui t’arrive Petit Cactus ?

Petit Cactus relève la tête :

- Personne, y veut me faire un câlin dit Petit Cactus avec ses yeux tout tendres et tout mouillés qui s’enfoncent tout droit dans le petit coeur de Roland Farthes. Tu veux me faire un câlin toi ?

- Mais enfin Petit Cactus, tu sais bien, tu piques trop !

Alors Petit Cactus baisse les yeux :

- C’est pas juste, moi je voudrais qu’on me fasse un câlin !

Roland approche doucement sa main de la tête de Petit Cactus mais ses piquants sont vraiment redoutables. Roland se sent nul. Il a raison Petit Cactus, ce n’est pas juste tout ça. Alors il s’éloigne. Derrière lui, il entend Petit Cactus qui se remet à pleurer.

 
Chez Roland, la contrariété, ça c’est toujours exprimé par le corps. Et là, Roland, il est sacrément contrarié. Alors ça monte, ça grimpe, dans son nez, comme la moutarde, ça le démange et ça le gratouille. Il sent son nez qui le gratte, qui le démange qui le démange qui le gratte. C'est totalement insupportable alors il ramasse un petit bout de bois et il le fourre dans sa narine. Au début, il frotte doucement et boudiou, ça le soulage !
Alors, comme ça lui fait tellement de bien, ben il frotte un peu plus fort. Et comme sa narine se détend, il enfonce le bâton un peu plus loin.


Maître Corbeau et Compère Renard qui passent par là, s’arrêtent et ils observent l’étrange manège. Roland croise leurs regards étonnés mais c’est trop tard, impossible de s’arrêter.
Les mouvements de frottements sont de plus en plus vigoureux, le bâton glisse de mieux en mieux dans sa narine bien ouverte. Il frotte avec enthousiasme chaque recoin et pousse tout un tas de petits grognements rauques et de soupirs mi-énervé mi-langoureux.

On dirait Compère Ours qui se roule dans un champs de pâquerettes. Ou Valentin le Marcassin qui tombe sur un tas de pommes sucrées et juteuses. Ou Romuald le Hérisson quand il farfouille sous un tas de feuilles sèches à la recherche de vers.

Sans s’en rendre compte, Compère Renard commence à se gratter l'oreille, mais Maître Corbeau l’arrête du coude aussitôt.
Soudain, ça y est, Roland pousse un grand cri de satisfaction et il retire le petit bâton de son nez. Quel bonheur ! Quel plaisir ! Ah quel soulagement ! Une morve épaisse apparaît au coin du nez de Roland, elle grossit, elle se balance une demi-seconde puis splotch ! elle s’écrase sur le sol.

Maître Corbeau renifle, Compère Renard rougit. Ils saluent Roland d’un hochement de tête et passent leur chemin, un peu honteux.


A ce moment, Maryvonne la Chouette prend la parole :
- Moi, j’ai toujours eu une peau sensible. Alors quand j’ai des problèmes d’irritations, je ne fais surtout pas comme Roland. Je prends toujours du Dermagrattgratt.

Dermagrattgratt est une crème qui hydrate en profondeur les tissus et fait disparaître rapidement les rougeurs et les démangeaisons. Avec Dermagrattgratt, fini mycoses et prurit ! Et bonjour monsieur Hibou !

Dermagrattgratt est un médicament vendu en pharmacie qui convient aux enfants et aux muqueuses !


Mais revenons à Roland !
Où est-il d’ailleurs ? Je ne le vois plus ! Oh, le coquin, il a profité que Maryvonne la Chouette nous parlait pour s’éclipser. Voyons, voyons ! Ah, ça y est, je le vois, il est là !

Oh mais ça n’a pas l’air d’aller bien fort. Il marche la tête basse et j’entends ses chaussures qui raclent le sol. Je crois qu’il est un peu désespéré de ne pas retrouver son amie la Glougloute Friponne. Moi je suis bien d’accord avec lui. Quand on y réfléchit, on s’en va pas comme ça, sans rien dire. On laisse un mot sur la table de la cuisine ou sur le frigidaire, on s’explique.
- Bonjour mon chéri ! Ne m’attends pas, je suis partie faire les magasins avec Sophie la Cigale ! Bonne journée mon lapin !

Quand même, j’espère qu’elle est bien partie faire les magasins la Glougloute ! J’espère qu’il ne lui ait rien arrivé !

Oh mais ! Voilà Roland qui s’assoit ! Ah tiens, on lui apporte un ukulélé. Qu’est-ce qu’il va bien faire avec ça ? Hé Roland, on n’est pas chez Disney là !


Ce matin, je me suis levé mmm sans toi

Ce matin je me suis levé, tu n’étais plus là

Ce matin, je me suis levé, tu étais loin de moi

Glou glou glou glou glou glou glou glou glougloute

Gou glou glou glou glou glou glou glou ma glougloute

[ Dm G C Am ]


Tout enrobé de sa mélancolie, Roland reprend son chemin.
Sans s’en apercevoir, il s’éloigne de plus en plus de Petiteville.

- Attention Roland !

- Attention !


Roland marche sur une route droite. Le ciel a pris une drôle de couleur. Au loin on aperçoit le chemin qui fait une fourche.
 
- N’y va pas Roland !

- N’y va pas !


Mais Roland s’en fout ! Il regarde ses pieds, il n’écoute personne, il avance comme un con. Il est malheureux alors il s’en fout.

Au croisement, il s’arrête. Il y a un petit banc. Sur le petit banc, il y a quelqu’un. Quelqu’un avec un costume orange, un chapeau noir et des petites lunettes rondes. Quelqu’un avec des grandes oreilles poilues, des grandes pattes griffues et un grand museau plein de dents pointues.

Vous l’avez reconnu ? C’est le loup !

Le loup tapote le banc avec sa main.

- Ne t’assois pas Roland !

- Ne t’assois pas !



Roland s’assoit.

- Bonjour Grand Loup ! Est-ce que vous avez vu mon amie la Glougloute Friponne aujourd'hui ?

- Hein ? Parle plus fort mon garçon !

- Je vous demandais si aviez vu la Glougloute Friponne aujourd’hui.

- Quoi ? Rapproche-toi de mon oreille, je n’entends rien !

- Je disais : je cherche la Glougloute Friponne ! Est-ce que vous l’avez vue ?

- La moumoutte nippone ?

Roland soupire.


Aux pieds du grand méchant Loup, il y a un sac. Un grand sac. Et dans le grand sac du Loup, ça remue.
- Qu’est-ce qu’il y a là-dedans ? demande Roland en montrant le sac.

- Ah ça ! Le loup ouvre le sac. A l’intérieur, il y a trois petites crottes de louveteaux qui se sautent dessus et se mordillent les pattes, la queue, le museau.

- Je les garde pendant que leurs parents vont chercher à manger. Vous avez terminé votre sieste on dirait, dit le grand méchant vieux Loup aux petits Loups.

Roland soupire à nouveau. Pendant une seconde, il s’était imaginé que peut-être dans le sac, y’aurait sa Glougloute. Il est soulagé et déçu en même temps.

Alors il reste un moment avec le Vieux Loup à regarder les acrobaties des ptits loups.

Puis il salue et il prends congé.


Vers 17 heures, Roland, fatigué, s’assoit sur une souche à l’orée du bois et il observe la fumée qui sort des petites cheminées des petites maisons de Petiteville. La nuit va bientôt tomber, les Petitvillais rentrent chez eux, retrouver leurs enfants et leur amoureuse ou leur amoureux.
Roland soupire.

Il faut te rendre à l’évidence mon chéri, elle est partie. Simplement.

Ton amie la Glougloute Friponne est partie.

Tout est affaire de décor 
Changer de lit, changer de corps,
A quoi bon puisque c'est encore
Moi qui moi-même me trahis
Moi qui me traîne et m'éparpille
Et mon ombre se déshabille
Dans les bras semblables des filles
Où j'ai cru trouver un pays.
 
Coeur léger, coeur changeant, coeur lourd
Le temps de rêver est bien court
Que faut-il faire de mes jours ?
Que faut-il faire de mes nuits ?
Je n'avais amour ni demeure
Nulle part où je vive ou meure
Je passais comme la rumeur
Je m'endormais comme le bruit.

Est-ce ainsi que les hommes vivent ?  
Et leurs baisers au loin les suivent.

Le pas lourd, Roland rentre chez lui.
Il ouvre la porte. Tiens, ça sent les crêpes.



Remerciements : Philippe K. , Léo F., Catherine R. , Fred C. .

Commentaires

Posts les plus consultés de ce blog

Le caca

Le ballon de baudruche

L e ballon de baudruche existe-t-il vraiment ? Quel est son sens profond ? Que signifie la figure du ballon de baudruche. Penchons-nous un instant sur le sens et l'origine du mot baudruche. La baudruche est tout simplement une pellicule provenant de l'intestin. N'est-ce pas limpide ? Bon, visiblement non. _ soupir _ Bon, mais vous donner directement le sens du ballon de baudruche serait dénaturer sa nature même. Et ça ! Je vais donc, devant vos yeux ébahis, faire émerger le sens même du ballon de baudruche, à travers quelques exemples, choisis bien sûr (et non pas à travers un chapeau, nous ne sommes pas sur france2). 1er exemple : pour engager cette conférence sous le haut patronage d'un maître de la littérature : Stephen King. Car oui, nous avons ici la plus claire illustration du sens profond du ballon de baudruche. Je vais vous demander de vous replonger un instant dans l'atmosphère onirique de Ç A. Dans ce roman culte de Stephen King,...

Les vies minuscules de Roland Farthes ( part 2 )

R oland faisait un sommet au colloque de sa gloire. Soudain, il attrapa une maladie asiatique extrêmement rare et se transforma peu à peu en fougère. Il déménagea donc en Bretagne et se mit au sport. R oland faisait un solloque au commet de sa gloire. Soudain il se sentit très vieux et se rendit compte qu'il n'intéressait plus personne. Ses collègues le snobaient ou lui rendaient des hommages tellement vibrants qu'ils sentaient le sapin. Ses livres passaient de l'imprimerie au pilon. Ses colloques étaient quasiment déserts et n'attiraient plus que de vieux ratiocineurs – auxquels je dois bien ressembler se dit Roland dans un accès de mélancolie. Il s'en plaignit à Nana, même si, depuis quelques temps, elle non plus n'avait plus les yeux qui brillaient lorsqu'elle lui parlait ou lorsqu'elle le regardait. Elle ne dit rien. Elle était morte depuis deux jours. R oland Farthes faisait un sommoque au colle...