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La cagoule


Salut les p’tits choux. Aujourd’hui un nouveau produit tendance avec Roland Farthes. Il y a 3 ans, Roland nous confiait son goût immodéré pour les chemises brunes. Il revient aujourd’hui – Back to the roots – avec un indémodable de la garde-robe d’antan : la cagoule. Le must-have du moment pour les happy few. Roland on t’écoute.

« Alors quand on dit cagoule, les yeux s’arrondissent comme des soucoupes. On me dit : « Ah quand j’étais petit ma grand-mère me forçait à mettre une cagoule en laine et puis un pull St James qui me grattait dans le cou que ma marraine m’avait offert à Noël et ça me grattait pendant une heure à la messe. Qu’est-ce que j’ai pu m’emmerder à la messe ! » C’est bon y’a pas marqué thérapeute. « Heureusement après on mangeait un poulet avec des frites et de la salade avec de nouveau des frites, la pénitence était terminée. Et puis de la crème au Tapioca en dessert. Ma grand-mère était addict au Tapioca ».

Bref, la cagoule délie les langues mais les gens sont quand même un peu pénibles avec leur pot-pourri perso. On parle de sujets sérieux quand même alors, pour les jérémiades litanesques de fin de soirée, voyez avec ma secrétaire. On s’égare. J’ai même un ami qui eût dit un jour pour complimenter sa belle et ses boucles d’oreille : « je n’ai pas vu assez de cagoules à Marseille ».

Bref, qui dit cagoule dit fantasme.

Mais de quoi parle t-on en fait ? Le logos, le topos, je dirais même topoï, carrefour polysémique qu’emprunte la cagoule est pour le moins complexe. Scapules du KKK, passe-montagne ou cagoule 3 trous. Comme disait Jean d’Ormesson, à moins que ce ne soit Marcel Duchamp, le mot est un galet usé qui s’applique à trente-six nuances d’affectivité. En l’occurrence on parle bien de la cagoule 3 trous. Et c’est une mini-révolution dans cet univers très codé qu’est le milieu de la cagoule et je vous invite à goûter au plaisir de la cagoule, à expérimenter la joie de la cagoule en enfilant vous-même une cagoule. Rien de tel que d’essayer, de ressentir le contact de la cagoule sur la peau.

Cette conférence se fait interactive ( NB : il était prévu à cet instant que je fournisse à mes auditeurs et auditrices une cagoule 3 trous achetée chez Décathlon pour la modique somme de 6,95 € disponible au rayon chasse. C’était sans compter sur la saison estivale et la canicule qui ont valu à la cagoule 3 trous d’être mise au rencard de manière par trop anticipée. Et dans la mesure où je craignais quelque réaction peu amène en ces temps d’état d’urgence permanent si je venais à interroger une vendeuse pour savoir où étaient passées les cagoules 3 trous, je me suis contenté de faire 2-3 A/R dans le rayon Chasse. Expérience hautement enrichissante – que je vous conseille, je me suis presque senti viril c’est pour dire – mais il faut aimer le kaki. Néanmoins, faute de grives, on mange des merles, je vous invite à faire comme si, ça ne change pas grand-chose à l’affaire au demeurant ). Pour vous prouver que la cagoule change l’homme, je vous invite à prononcer ces phrases avec ou sans cagoule. Expérience menée à l’université du Michigan par l’équipe du Dr Goldenstein en 1973-1974 avec le succès que l’on connaît. Je précise que notre cagoule est en laine 100 % bio, vous pouvez y aller sans crainte. C’est parti.

«  Rends-toi Bob Denard », n’oubliez pas d’enlever votre cagoule entre chaque phrase sinon ça fausse tout. « File-moi ta caisse aubergiste », «  Dessine-moi un mouton ». Avouez que ça change tout.

Mais passé l’amusement primesautier d’arriver en remplacement dans une école avec une cagoule sur la tête, passé l’effarement du banquier «  c’est pour mon PEL », passé le sourire de connivence à l’entrée du Bataclan, il reste un objet outrancièrement signifiant de la petite classe moyenne des années 80/90, lower social middle class mid eighties comme on dit Outre-Manche.

La cagoule, à l’instar de l’anorak aux couleurs ternes ou le pantalon rapiécé avec ses pièces en caoutchouc. L’hiver interminable qui dure 10 ans. La morosité pour seule compagne. Et le dimanche, tu vas chez mère-grand et marraine avec un pull St-James qui gratte en supportant la Tribune des critiques pontifier en écoutant 15 versions de la 9ème de Beethoven : « Ah on entend bien la différence ! »

Ah les joies de l’Enfance !

Passé ce quart d’heure nostalgique, il nous faut interroger la cagoule 3 trous dans son pré-supposé liminaire. 3 trous ? Et pourquoi pas 5 ? car que fait-on des oreilles dans une telle disposition ? En tant que telle, la cagoule apparaît pleinement signifiante. En enfilant sa cagoule, on peut voir et parler, être vu, être entendu mais nullement ouIr? Etonnant non ? Surtout si l’on s’interroge sur les destinataires historiques de ce type d’équipement : flics, militaires, motards, parfois les 2 en même temps, chasseurs, terroristes, parfois les 4 en même temps. Y en a qui cumulent. Toutes ces casquettes en même temps. On s’étonne qu’il y ait des accidents.

Passé ce petit problème technique qu’on résoudra par deux coups de ciseaux adroitement disposés, voyez les extraordinaires opportunités offertes par la cagoule 3 trous + 2. Nombre de conflits se verraient résolus instantanément.
Prenez la question de l’uniforme à l’école, la cagoule outre ses vertus économiques met fin à toutes formes de discriminations. Et je ne parle même pas du conflit israëlo-palestinien qui prendrait fin immédiatement grâce à la cagoule car comment reconnaître un juif si on ne voit pas son nez ? Tout le monde sur un pied d’égalité : le rêve ! Mais la cagoule c’est aussi la fin de la discrimination à l’embauche, les boîtes de nuit pour tous, la fin de la fracture sociale. Le cadre et le péquenot sur un pied d’égalité. Même le terroriste devient sympathique avec ce petit air comme tout le monde – aparté : je voudrais à ce sujet que l’on prenne le temps tous ensemble et collectivement d’interroger notre égoïsme de classe lorsqu’entendant l’expression, le terroriste a commis un attentat suicide, nous pensions tous d’abord à l’attentat sans une seule pensée pour le pauvre homme qui se suicide, quels bourreaux sommes-nous devenus pour ignorer de tels appels au secours ? Fin de l’aparté.

Oui mes ami(e)s la cagoule est l’avenir de l’humanité et je vous invite à la revêtir pour vos prochaines conférences afin d’en tester l’efficacité. Vous ne serez pas déçu(e)s.

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