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Caram’bar

Conférence donnée le 15 mai 2010 par monsieur E. Lerouxel, avec la complicité active et moustachue de QRZfredo33


1954 : Roland Farthes va sur ses quinze ans et assiste à la naissance du Carambar à Marcq-en-Barœul par messieurs Gallois et Fauchille fils, dans l’usine du chocolat Delespaul-Havez.. Selon la rumeur, c'est par accident qu’un mélange de caramel et de cacao aurait atterri dans une machine déréglée et aurait donné naissance à la célèbre confiserie. Cette machine aurait produit du caramel en barres, débité ensuite à la longueur voulue ; d'où l'origine du nom Caram’bar, en deux mots, devenu Carambar en un seul en 1977.


Enfant du rationnement et bâtard lui-même, Farthes est tout de suite saisi par ce métissage accidentel. Aussi est-ce dans une fièvre quasi extatique qu’il écrit en une nuit ce texte intitulé Caram’bar appliquant là les principes d’écriture automatique chers à Desnos. Paru en 1955, dans le recueil Fantaisie Primitive (Musée du quai Branly, collection particulière), ce texte fondateur mérite d’être redécouvert :


Carambar, carambar
Caram’bar
Ô caramel
Pas au nougat ni au cola


Carambar, carambar
Tes calembours
Et tes rébus
Quelle rigolade


Carambar, carambar
Caram’bar
Ô caramel, ô caramel


Longtemps méprisée (même parmi les plus ardents thuriféraires de l’œuvre farthienne), cette œuvre de jeunesse mérite d’être redécouverte. Injustement qualifiée de déchet sokolovien, voire même de déripète métrique, Caram’bar porte pourtant en lui tous les germes (c’est de moi, ça… QRZ fredo 33) de la critique structuraliste développée par Farthes à l’orée des 60’s : « Ce qui arrive, c’est le langage tout seul, l’aventure du langage, dont la venue ne cesse d’être fêtée. »


Et c’est de cette apparition stridente du mot, du verbe, du cri au travers de la perception purement sensuelle d’une barre chocolatée et sucrée énergisante que Farthes tira l’élan inextinguible qui devait par la suite nous le faire reconnaître sous cet angle : Roland Farthes, nous le voyons aujourd’hui, est un être fait de chair, un être fait de gestes, un être fait de passions. Et c’est ce qui nous le rend tendrement proche, dans la relecture que nous effectuons aujourd’hui de son parcours singulier que l’on peut résumer en quelques mots simples : Roland Farthes, l’homme au Carambar.
Je vous invite donc tous en son honneur à communier ensemble en son nom, par le lien subtil qui nous relie à Roland : le carambar transfiguré.

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