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Le Roule ou la résurrection de Roland Farthes


Conférence parrainée par l’office de tourisme de Cherbourg-en-Cotentin
Ces images ont fait le tour du monde. Roland Farthes élevant des chèvres sur la montagne du Roule alors que tout le monde le croit mort depuis 5 ans.
Un retour en arrière s’impose.
1963. Interné après avoir tenté de poignarder Frida Boccara, RF aspire à un changement de vie. Il ne veut plus de strass ni de paillettes. Roland aspire à davantage de sérénité, de plénitude. Un temps tenté par la vie monastique – il passe 3 nuits et 3 jours à la Trappe de Bricquebec – RF doit rapidement se rendre à l’évidence : il n’est pas fait pour écraser des mottes et faire du frometon.

Il rêve d’aventures et de phalanstères mais ses finances sont maigres. Qu’à cela ne tienne ! Roland plante les germes de l’Aventure près de chez vous.
Sa première tentative – traverser la Manche à la nage de Cherbourg à l’île Pelée – est un échec. Non pas que RF coule à pic – il fut champion chez les minimes du 50 m nage papillon en petit bassin en 1954 – mais il perd les pédales dès qu’il est à perd pied.
Il ne doit son salut qu’à la plate de Jacques Lebredonchel et d’André Roupsard qui partent justement à la pêche aux maquereaux. Roland ne sait pas encore que cette noyade va changer sa vie. Jacquot et Dédé. Le fameux 1er cercle.
Passé le repêchage et le bouche à bouche – Jacquot a son brevet de secourisme -, Roland expose son projet à ses sauveurs. Coloniser l’île Pelée. Jacques et André sont conquis. Tous deux soudeurs à l’Arsenal, ils disposent d’assez de loisirs pour tenter l’aventure.
La colonie ne survivra pas à l’automne. A la première tempête, les 3 larrons manquent d’y laisser leur peau. Ils ne doivent leur salut qu’aux gars de la SNSM : Firmin Tranchard, Pierre Lecardonnel, Jacques Lepetit dit Jacky, Manuel Hernandez dit l’Espagnol et bien sûr le capitaine Michel Néez dit Michou la sardine.
La fine équipe. Le St Bernard du Ponant. Les cerbères du septentrion. Connu d’Omonville à Barfieu. Les 5 doigts de la mer comme les surnomme finement alors Cherbourg-Eclair. Jacquot, Dédé. Et maintenant Firmin, Pierre, Jacky, l’Espagnol et la sardine. Roland renaît de ses cendres. La vie vaut d’être vécue. Il n’est qu’un luxe véritable et c’est celui des relations humaines.
La vie vaut d’être vécue d’autant mieux quand on cherche l’aventure. C’est à cette époque que RF conçoit un projet encore plus fou.
« L’odyssée que j’entreprends ne fut jamais tentée en nulle autre contrée et la conteriez-vous que l’on vous croirait fol ou pris de boisson. »
Je veux bien sûr parler de l’indescriptible que les vieux Cherbourgeois racontent encore sans trop y croire : l’ascension de la montagne du Roule par la face nord et sans oxygène.
La nouvelle fait sensation. « Epoustouflant » titre Cherbourg-Eclair, « Renversant » lui répond Le réveil de Valognes », « Unbelievable » proclame quant à lui « The wake up of Portsmouth ».
C’est qu’à cette époque le Roule n’est pas encore cette montagne apprivoisée, domestiquée, traversée par une pittoresque route en lacets.
Oh que non !
Qu’on se figure un éperon rocheux, véritable piton minéral, balise salvatrice de nombreux marins tel le pain de sucre à Rio ou Notre-Dame-de-la-Garde à Marseille.
Outre cette dimension quasi sacrée aux yeux des marins, de leurs mères et de leurs épouses, la montagne du Roule est aussi terra incognita sur le compte de laquelle courent mille racontars de Rotterdam à Alger. De Biarritz à Istanbul…
On ne compte plus les récits d’ascensions malheureuses, de tragiques excursions qui nimbent le mont de cette aura mystérieuse.
Notre histoire démarre le 1er juin 1963. Ce choix du 1er juin n’est pas anodin. L’hiver cherbourgeois, typique du climat océanique, est en effet marqué par une abondance de précipitations que veut à tout prix éviter l’expédition Farthes. En effet, le climat océanique, appartenant au climat tempéré, se caractérise par des hivers frais et humides et des étés doux et avec un temps variable, sachant que le maximum de précipitations se produit durant la saison froide. Il se rencontre sur les façades occidentales des continents, entre des zones à climat méditerranéen en se rapprochant de l'équateur et les zones à climat polaire en se rapprochant des pôles. Le climat océanique est plus chaud que le climat continental mais moins chaud que le climat méditerranéen.
Si cette faible amplitude thermique constitue un atout indéniable pour RF et son équipe, la bruine est bien sûr l’ennemi numéro un de l’expédition. La bruine qui use les corps et les esprits, la bruine qui rend fou, la bruine qui fait glisser.
Aux médias internationaux qui l’interrogent à l’orée de ce fol pari, Farthes confie qu’il sera de retour dans 3 semaines ou qu’il mourra. Il ne sait pas que son aventure durera 5 ans.
Comme il l’écrit dans son Journal d’expédition, l’ascension ne dure que 21 jours, exactement ce que Roland avait annoncé aux médias. Exploit insensé qui ne sera relayé que des années après. Ce n’est qu’arrivé en haut que Roland doit se rendre à l’évidence. Impossible de redescendre, impensable de replonger dans l’arène médiatique. Là tout n’est qu’ordre et beauté. Luxe, calme et volupté.
Du haut de la plate-forme du fort, la vue s'étend, à droite et à gauche, sur un horizon de plus de cinq lieues de côtes couvertes de riches prairies où de jolis villages laissent entrevoir à travers les grands arbres leurs toits de chaume et de modestes églises élèvent le coq d'or de leurs vieux clochers.
Comme un brillant joyau dans une couronne de verdure et de fleurs apparaît Cherbourg, avec son port de commerce, son bassin, son canal de la Retenue, ses avenues et ses places entourées de grands arbres, ses milliers de maisons du milieu desquelles surgissent les tours de ses églises, les toits ardoisés de sa halle et les hautes cheminées de ses usines. A l'est, la côte sablonneuse de Tourlaville transformée par la main d'industrieux maraîchers en d'immenses jardins légumiers, son village situé à mi-côte, avec son antique église bâtie sur la cime du rocher et son château aux mélancoliques souvenirs.
Relié à la côte par une longue jetée, le fort des Flamands avec ses poudrières et ses ateliers de pyrotechnie, la mare de Tourlaville transformée en un vaste bassin ; plus loin le petit port du Becquet, la lande St-Maur avec sa chapelle, puis une longue suite de collines qui s'étendent vers la mer jusqu'à la pointe du cap Levi. A l'ouest, le port militaire avec ses immenses établissements, entouré de remparts hérissés de canons, offrant l'image du génie de la guerre couvrant de son égide l'industrie naissante de la cité. Au loin le village de Querqueville à la rive duquel s'élève le fort du même nom.
Puis des champs couverts de moissons, s'étendent jusqu'à l'horizon de la côte d'Auderville.

En face, une vaste rade où le génie humain a tout créé ; fermée par une longue digue défendue d'un côté par le fort impérial et celui des Flamands, de l'autre par ceux de Querqueville, du Hommet et de la roche Chavagnac. Chaque année de nombreux navires viennent y chercher un sûr abri contre les tempêtes ; de grands clippers y attendent le revif pour porter leurs riches cargaisons au Havre où ils ne peuvent pas entrer en tous temps à cause de leur trop grand tirant d'eau. Les navires de guerre, depuis le vaisseau de haut bord jusqu'aux modestes avisos, entrent et sortent à toute heure de Cherbourg, grâce à ses eaux profondes.
Entre la Fauconnière et la Montagne, la féerique vallée de Quincampoix étend son riche tapis de verdure et de fleurs, ses champs couverts de pommiers et de moissons, ses avenues bordées de grands arbres tapissés de lierre où le chèvrefeuille et l'aubépine embaument l'air de leurs suaves parfums. La Divette qui l'arrose dans toute son étendue entretient la fraîcheur au sein de ses vastes prairies ; son cours divisé et sinueux forme çà et là de charmants îlots ; de nombreux moulins y font entendre leur joyeux tic-tac et le bruit cadencé de leurs.roues battant les eaux
On l’aura compris Farthes a trouvé le paradis sur Terre sur cette colline du Massif armoricain située dans le département de la Manche, dans la commune de Cherbourg-en-Cotentin qui culmine à 112 m d'altitude.
Cette falaise morte, érodée au quaternaire par la mer qui, en se retirant, avait laissé des mielles et des marais arrière-littoraux désormais urbanisés.
Après avoir abrité un ermitage, ce sommet cherbourgeois est dominé par une fortification depuis le Second Empire, et a été percé de galeries lors de la Seconde Guerre mondiale.
De cette période, on ne sait pas grand-chose. On suppute que la vie s’y organise. Ils font la découverte d'une grotte. Ils se construisent une habitation et confectionnent un calendrier en faisant des entailles dans un morceau de bois. Ils chassent et cultivent le blé. Ils apprennent à fabriquer de la poterie et élèvent des chèvres. Il lisent la Bible et rien ne leur manque, pas même la compagnie des hommes.
Tous ensemble Roland et ses amis ( Jacquot, Dédé, Firmin, Pierre, Jacky, l’Espagnol et la sardine) se répartissent les tâches. A Jacquot et Dédé la menuiserie, Firmin et Pierre sont chargés de la chasse tandis que Jacky et Pierre cultivent un lopin de terre. Avec la sardine en cuisine et Roland aux nourritures spirituelles, la bande de copains prouve une fois encore que huit ça suffit.
Il faudra attendre mai 1968, un événement politique et social national qui a lieu en mai et juin 1968, avec des implications dans la Manche, pour que les 8 potos se décident à redescendre. Sans savoir qu’ils inspireront quantité de babos dans leur exil dans le Larzac. Gravons donc pour l’éternité les noms de RF, Jacques Lebredonchel, André Roupsard, Firmin Tranchard, Pierre Lecardonnel, Jacques Lepetit dit Jacky, Manuel Hernandez dit l’Espagnol et bien sûr le capitaine Michel Néez dit Michou la sardine. 
Merci les gars.


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