Accéder au contenu principal

Les gens pinaillent


- Dites-nous en plus cher Roland Farthes.

- Oh Jacques, vous savez...

- Vous connaissez la curiosité des gens, vous intriguez, vous en êtes conscient ?

- Oh vous savez, les gens pinaillent toujours, on leur donne ça, ils vous prennent ça.

- Oui c’est vous qui le dites et pourtant, il me semble que vous ne nous dites pas tout. On vous a souvent reproché votre goût du trop, votre sensibilité baroque mais là j’ai surtout envie de vous reprocher votre goût du peu, voire du rien.

- Cher Jaques dire tout est aisé. Moi je suis pour la part de mystère.

- Oui le mystère, c’est une chose qui revient souvent chez vous.

- C’est vrai, j’ai des renvois.

- Allons Roland, soyez sérieux, donnez-nous un os à brouter.

- Je peux bien vous donner une coquille vide, les gens entendront la mer.

- Très bien, parlez-moi de votre mère.

- Maman était si belle.

- Mais encore ?

- D’une beauté...

- Oui ?

- Une vraie beauté, à propos avez-vous déjà vu Pivot avec des lunettes à écailles ?

- Pivot Bernard ?

- On pense souvent que les gens pensent alors que c’est faux, les gens ne pensent pas, les gens pensent qu’ils pensent.

- C’est déjà pas mal.

- Oh vous savez, moi.

- Vous cultivez l’art du décalage Roland, si je vous dis noir, que me répondez-vous ?

- Blanc évidemment.

- Et cerise ?

- Blanc aussi.

- Hum, et téléphone ? Je parie que vous allez me répondre blanc.

- Non je pensais plutôt à cheval.

- Hum, très perspicace, vous avez vraiment l’oeil Roland, votre réputation est véritablement à la hauteur de votre réputation.

- Oh vous savez moi la hauteur, d’ailleurs le camembert est réputé et pourtant...

- Indéniablement...

- C’est un fait.

- Mais...

- Oui ?

- RIen, enfin j’hésite...

- Vous hésitez ?

- J’hésite.

- Vous savez, nous sommes entre amis, vous pouvez tout nous dire.

- Justement.

- Vous courez je crois ?

- J’y songe

- Vraiment ?

- Non, bien-sûr, je déteste courir, comme on dit.

- On dit ça ?

- Oui dans ma famille, mais je pense me remettre au zouk.

- Ah oui, le zouk, c’est dansant le zouk !

- Oui.

- J’ai l’impression que vous me menez en bateau Roland, ai-je raison ?

- Loin de moi cette idée mon cher Jacques.

- Remarquez j’adore les croisières !

- Ah oui le nautisme c’est bien aussi !

- N’est-ce pas, j’ai pratiqué l’optimisme quand j’étais plus jeune, malheureusement en vieillissant je chancelle.

- Oui, oui Jacques, c’est gênant mais on s’en fout, je vous rappelle que c’est moi que vous interviewez.

- Certes, m’enfin faudrait tout de même vous résoudre à parler mon vieux, les gens veulent savoir, les gens ont le droit de savoir.

- Oh vous savez moi les gens...

- Au fond cher Roland Farthes on peut dire sans trop se tromper que vous êtes un vrai snob ?

- C’est suis qui dit qu’y est.

- C’est fin !

- C’est lui qu’a commencé.

- Ah vraiment, on a beau dire, vous n’êtes pas un client facile, il faut vraiment vous arracher les mots.

- Vous connaissez le dicton, c’est la réalité qui a une petite bite. Moi je cherche les grosses.

- Vous dites ?

- Non rien.

- En fin de compte, j’ai l’impression cher Roland, dîtes-moi si je me trompe, que vous êtes le roi du mystère et de la pirouette, une sorte de prestidigitateur dont on ne saurait jamais si le tour a été réussi ou raté et dont on vient parfois même à douter qu’il y ait eu un tour. Et je suis tenté de conclure en vous disant ceci cher Farthes : « mais vous êtes flou ! »

- Oh oui !

Commentaires

Posts les plus consultés de ce blog

Le ballon de baudruche

L e ballon de baudruche existe-t-il vraiment ? Quel est son sens profond ? Que signifie la figure du ballon de baudruche. Penchons-nous un instant sur le sens et l'origine du mot baudruche. La baudruche est tout simplement une pellicule provenant de l'intestin. N'est-ce pas limpide ? Bon, visiblement non. _ soupir _ Bon, mais vous donner directement le sens du ballon de baudruche serait dénaturer sa nature même. Et ça ! Je vais donc, devant vos yeux ébahis, faire émerger le sens même du ballon de baudruche, à travers quelques exemples, choisis bien sûr (et non pas à travers un chapeau, nous ne sommes pas sur france2). 1er exemple : pour engager cette conférence sous le haut patronage d'un maître de la littérature : Stephen King. Car oui, nous avons ici la plus claire illustration du sens profond du ballon de baudruche. Je vais vous demander de vous replonger un instant dans l'atmosphère onirique de Ç A. Dans ce roman culte de Stephen King,...

Les viennoiseries : de la discorde étymologique au retour vers les périodes troubles de notre histoire

Plongé dans une léthargie caniculaire accablante, je cherchais un sujet pour ma première intervention au sein de cette prestigieuse assemblée, après avoir négligé ses sept premières éditions. J'étais un peu découragé de constater que l'ensemble des sujets qui gouvernent notre monde moderne semblaient avoir été traités durant les précédentes conférences, qu'il s'agisse des incontournables dispositifs fixants amovibles, des blagues carambar, de l'épineuse question du montage des meubles en kit, ou d'autres thèmes essentiels dont les aspects métaphysiques me semblent indiscutables, comme les caniches, les prouts ou les vérandas. Bref, mon état de désespérance en était à un point avancé lorsque m'apparut enfin le thème à aborder. « Eurêka », comme l’éructa Archimède dans son bain, alors que, personnellement, j’étais affalé dans mon canapé, une bouteille de bière à la main, après avoir mollement cherché dans le houblon la stimulation intellectuelle à la...

Un scénario d'enfer

Chers auditeurs et auditrices, chers ami-e-s, Depuis le temps qu'on se revoit tous les ans, il est temps que je vous fasse une confidence : je ne connais pas Roland Farthes. Toutes ces années, je le confesse, j'ai joué à faire semblant. J'ai postulé auprès du comité d'organisation et j'ai été retenu, ça oui. Mais mon CV était d'année en année plus bidon, et mes propositions de communication reposaient sur du vent. Une fois sur place, j'essayais d'assurer du mieux possible, et je crois que je peux le dire maintenant, j'ai fait illusion. Je dois dire que ça n'a pas été, au début du moins, sans éprouver une certaine fierté. Moi, le sans-grade, l'obscur scribouillard provincial, j'étais invité à la table des grands, des gens qui comptent dans le milieu. Et je n'ai pas non plus honte de le dire, j'en ai profité un max. Des pizzas en veux-tu en voilà, des barbecues all night long, et le vin qui coule à flots. J...